L’organisation de la deuxième édition de l’événement Zama, rassemblement international de la Diaspora malagasy, est lancée. Zama 2017 se déroulera du 7 au 9 juillet sur le site de la prestigieuse Faculté de Médecine de l’Université Catholique de Lille. Patrick Rakotomalala, secrétaire général de l’édition 2016 et vice-président de l’édition lilloise de cette année, est interviewé ici pour un éclairage sur l’événement et son organisation.

(Interview par Marie-Jo Focard : Emission radio Gasik’Arts – Toulouse)

La première édition de Zama s’est déroulée à Aix-en-Provence en juillet 2016. Quel chemin parcouru depuis ces 9 mois? Quid de résultats concrets, de décisions prises, de projets engagés par Zama ?

Zama n’a pas été la kermesse « sexy » et inutile que craignaient certains quand ils rêvaient eux-mêmes d’une instance faîtière mondiale de toutes les diasporas malgaches. Il est clair que la situation dramatique et l’horizon bouché qui caractérisent la situation du pays voudraient que ce genre de réunion soit capable de produire des décisions « concrètes » et des initiatives immédiatement visibles en termes de bienfaits pour les populations, les entreprises, la société civile. Faute de quoi, Zama, craindrait-on, ne serait qu’un épiphénomène à l’artificialité et inutilité avérées. Il me semble que des colloques sur la gouvernance et le développement ont été maintes et maintes fois tenus. Des esprits brillants et cultivés, au fait de l’histoire du pays et de son histoire immédiate, dotés de tous les moyens d’analyse et de prospective, et soutenus dans leurs réflexions par les travaux des organisations internationales, y ont pu produire tous les constats, y émettre toutes les préconisations pour pouvoir tracer en théorie la voie d’un développement inclusif du pays. Mais, au bout du compte, le pays va-t-il mieux pour autant ? Zama ne se veut pas seulement creuset de constats, mais il se veut surtout creuset d’initiatives et de projets indépendants.

Au-delà des échanges académiques brillants émis par des experts qui auront débattu des maux du pays, ne vit-on pas au bout du compte qu’une énorme frustration : « Et alors ? il est où le concret dans le quotidien des gens ? »

Que qualifiera-t-on de CONCRET ? Est-ce produire de belles résolutions ? Est-ce établir le principe d’une assemblée formellement constituée qui puisse décider de ce qui est universellement bénéfique ?

Cela pourrait être la réalisation de projets : y a-t-il eu des projets qui se sont mis en place ou qui ont pu trouver preneur à l’issue de Zama ? Quelle est la logique générale ?

Nous avons fait devise du principe «Il n’est de mauvais projet que les projets qui n’aboutissent pas ». A contrario, il n’est de bon projet que les projets qui aboutissent. Les idées et les résolutions peuvent paraître brillantes. Si nous ne disposons pas des moyens humains, matériels, financiers de les mener au bout, elles ne sont que paroles au vent. Rien n’est pire que la résolution qui ne serait pas suivie d’action. Nous sommes donc tenus à un principe d’humilité et de pragmatisme.

D’humilité parce que face au temps long, nous savons que nous devrons être patients. Ce que nous faisons aujourd’hui portera peut-être ses fruits dans 3,4, 5 ou 10 ans.

Pragmatisme, parce que rien n’est plus irritant et désespérant que le YAKA FOCON facilement asséné en vérité et aussi facilement démenti et tout aussi rapidement abandonné puis lâchement oublié. Nous le savons, notre problème, à tous les échelons, reste notre manque désespérant de moyens. Rien ne peut se lancer sur le plan macro-économique en dehors du macro-politique. Et si la solution doit être politique, nous ne la maîtrisons pas. Ce n’est pas la vocation du Zama que nous rêvons qui devra continuer à exister au-delà des pouvoirs et des gouvernements successifs.

De fait notre pragmatisme et notre concret version Zama, c’est un discours qui donne foi à l’initiative individuelle. Et si l’initiative doit se faire collective, elle doit s’élaborer de manière spontanée. Il n’est pas question de guider les initiatives, les politiques et les stratégies autrement que par des valeurs énoncées. Le concret version Zama c’est favoriser l’initiative individuelle par la rencontre, par l’exemple et l’exemplarité, par l’information et le débat, par l’information sur les dispositifs d’accompagnement et les dispositifs de soutien, les dispositifs de financement, par les retours d’expérience de terrain, par l’information sur les réglementations, etc…

Comment pourrait-on définir le rôle de Zama de manière opérationnelle?

Zama n’est pas dans le « prêt à consommer ». C’est un lieu ou ceux qui ont créé pourront partager leur expérience avec ceux qui veulent créer. C’est un lieu pour susciter toutes les initiatives, qu’elles soient dans nos pays d’accueil ou dans notre pays d’origine ; qu’elles soient culturelles, sociales, économiques ou solidaires.

Au bout du compte, quels sont les enjeux de Zama ?

Un mot d’ordre devrait nous caractériser. Ce serait un énorme « Montrez vous !!! ». Le pays a besoin d’images positives, bien plus que d’autre chose. Le pays a besoin d’espérance. Et toutes ces images positives des initiatives à succès tant au pays qu’à l’extérieur sont essentielles pour enclencher de nouvelles dynamiques que nous sommes seuls à pouvoir initier. C’est aussi dans ce sens qu’il est urgent de réconcilier les acteurs de la Diaspora et ceux du Pays. Ce sont des acteurs qui, d’un côté comme de l’autre se méconnaissent en fait profondément dans leur richesse respective, dans leurs initiatives, dans leur compétence. Mais aussi dans leurs craintes respectives vis-à-vis de l’autre.

Si nous devons retenir une chose de cette édition de Zama Aix 2016 ?

Certains ont peut-être ressenti un sentiment d’inachevé, d’inabouti. Nous rêvons tous de solutions miracles, simples. Mais celles-ci n’existent pas. Et si on me demandait aujourd’hui « Patrick, si 8 mois après tu devais faire le point et formaliser ce qui a fait le succès de Zama Aix : quel a été le plus de Zama ? Etait-ce les tables rondes ? Les ateliers ? Les moments festifs ? Les moments culturels ?» … Je répondrais aujourd’hui « la cantine », non pas seulement parce qu’elle était bonne , mais pour ses rencontres. Parce que tout a été rouage de ce début de machine à produire des projets.

Quelques résultats issus des rencontres de Zama Aix 2016 ?

TSABO qui lance un projet de ferme école en agroécologie est un pur produit du creuset Zama. Un projet d’incubateur numérique à Antananarivo ou encore le projet Tohana, qui veut offrir une plate- forme Open Source de gestion et pilotage de projets solidaires, en sont d’autres. De multiples contacts pour des partenariats entre acteurs des solidarités se sont noués. Le projet FACT MADAGASCAR, fédération d’associations et ONGs de la Diaspora, désormais membre du FORIM, s’est lui-même consolidé en légitimité grâce à Zama. Mais le plus gros résultat concret de 2016 aura certainement été d’imposer naturellement l’idée d’une nouvelle édition 2017 pour offrir autant de plaisir à notre public que l’année dernière. Et que l’équipe en place ait pu insuffler sa succession à une nouvelle génération.

 

12 mars 2017.
Interview et retranscription par Marie-Jo Focard : Emission radio Gasik’Arts – Toulouse